The notorious Cleopatra

Genre : pépées plum

Fiche technique

Revue : Patrick Marcel

Ah, Rome ville éternelle, Mecque de tous les... non, pas Mecque, ça colle pas, comme terme. Bon, enfin, bref: on est à Rome.

Tout commence par une journée ordinaire. Marc Antoine et son pote Enobarbus se baladent en ville, s'arrêtant devant un étalage étriqué où un marchand d'esclaves vend des bougresses dénudées, au physique plus ou moins mûr.

C'était d'ailleurs juste pour nous présenter le séduisant Marco, qui sera le héros de ce film. Le bellâtre est l'homme de confiance de César, lequel, n'ayons pas peur des mots, est un gros porc. Non, c'est vrai: il est très gras, et il passe son temps à bouffer des fruits en se faisant lutiner par diverses bougresses, auquel il accorde à peine son attention. Fi donc, le vil personnage!

En fait, si César fait la moue pendant qu'il fait l'amour, c'est qu'aucune des gueusesses qui lui infligent de sémillantes turpitudes n'est digne de lui ("selon lui", entendons-nous bien). Or, par chance pour le film, il a entendu parler d'une succulente beauté, roulée comme un cigare cubain et garce comme une rédactrice du Kamasoutra: Cléopâtre, reine d'Egypte.

Comme César n'est pas pour rien un redoutable stratège, il conçoit sur le champ une idée géniale: il va envoyer le beau Marco (le bellâtre Marco, disons) en Egypte, où le bougre séduira Cléo et la lui ramènera. Mais attention, bas les pattes: Marco a interdiction de toucher la marchandise!! Marco le promet à César (on notera que Cicéron, l'eunuque personnel de César ben, oui, "l'eunuque personnel de César". je ne vous avais pas promis de l'exactitude historique, si? écoute ce plan avec un scepticisme visible, en continuant à s'emmerder ferme dans son coin pendant les orgies de César).

Cicéron n'a pas tout à fait tort.

La scène suivante nous montre Marco en Egypte, chevauchant gaillardement Cléopâtre, belle princesse noire qui semble trouver le bellâtre à son goût, la friponne. D'ailleurs, elle l'invite illico à une cérémonie du temple d'Isis, où l'on va sacrifier une vierge à la déesse de l'amour. Dans un décor que la profusion d'ombres va nous inciter à considérer comme immense, car nous sommes indulgents, Marco, coiffé d'un casque romain qui fera hurler de rire les uns et penser aux autres que l'accessoiriste a confondu "romain" et "aztèque", découvre la sophistication infinie des torrides et pervers Egyptiens. Lorsque le grand prêtre commence à chevaucher la victime du sacrifice, il s'interroge légitimement: "Mais... Pourquoi il lui flanque pas un bon coup de sabre?" "Mais parce qu'on ne sacrifie que sa virginité à la déesse de l'amour, mon choupinet", lui explique patiemment Cléo.

On en déduit que Marco doit être un sacrément bon coup, parce que c'est pas pour sa culture et son intelligence que Cléo en est tombée amoureuse, de toute évidence.

Bon, bien sûr, le drame couve et se noue. Un messager arrive, nous apprenant que César a échappé à un attentat, fomenté par la femme et le beau-frère de Marco. Les coupables ont été mis à mort (ce qui arrange plutôt les affaires de Marco, qui pourrait alors convoler avec Cléo) et Marco est sommé de rentrer à Rome avec Cléo (ce qui n'arrange pas tellement Marco, qui s'est un peu attaché à Cléo).

Jurant qu'il reviendra, il part pour Rome sans Cléo.

Mais Cléo est rusée, la mâtine! Et avec sa servante, une égyptienne aux cheveux blond platine (comme souvent en Egypte à cette époque, on le sait trop peu), la fourbesse file à Rome où, par l'habile expédient de se coller un voile sur la figure, elle se fait engager comme serveuse de boissons dans une orgie de César.

Là, elle découvre que César est un gros porc. Je ne dis pas ça pour l'accabler, mais 1/ c'est vrai, et 2/ Cléo ne le savait pas et envisageait encore de l'épouser pour des raisons politiques. Là, elle se dit que c'est quand même pas possible. Faut avouer que voir le César, grosse bedaine livide et flasque et fruits écrasés sur la figure, se tortiller sur sa couche de table, ça donne pas très envie.

Mais souvent femme varie et bien fol est qui s'y fie, comme disait l'autre. Cléo est prise d'une idée géniale! César est visiblement un mou. Elle va le séduire, et elle dirigera l'empire romain en sous-main (César est, comme chacun sait, empereur de Rome), et elle pourra s'envoyer gaiement en l'air avec Marco!

Le plan marcherait à deux détails près: 1/ Marco revient subitement et découvre Cléopâtre en plein batifolage avec César dans une position qui, même dans un film qui est surtout un nudie, ne tromperait personne. Le bellâtre, furibard, fait jeter Cléo en prison alors qu'elle quitte la chambre de César, sans écouter ses protestations de bonne foi ("Mais c'était purement politique, mon choupinet!"). C'est là qu'on apprend le 2/ : César semble mou, mais Cléopâtre a deviné qu'il était en fait indomptable et qu'elle ne pourrait l'utiliser comme fantoche; elle doit donc renoncer à son plan.

Tout ceci est expliqué par le dialogue, car rien, dans ses dialogues, la mise en scène ou son attitude, ne laisse soupçonner que César est autre chose qu'un gros porc assez abruti. Mais si on nous dit qu'en fait il est malin, on va faire comme si on le croyait. On a déjà admis Cicéron en eunuque, César en gras à lard, les casques aztèques comme parure des généraux romains, César empereur de Rome et le fastueux palais d'Isis représenté par cinq mètres carrés de plateau noyés dans l'ombre: au point où on en est, César avec une volonté de fer, c'est vraiment de la roupette de chansonnier (ou quelque chose comme ça).

Bon, la situation tourne mal: Cléo est en prison, tandis que Marco, pas content, fait le coup des Ides de Mars au gros César. Qui meurt en hoquetant "Et tu, Brute?", qui est la version anglaise du fameux "Tu quoque, mi fili" (1/ authentique). Heureusement, la dévouée servante blond platine arrive dans la prison et, usant de son corps, abuse du garde culturiste et borné de la cellule, et fait évader Cléo. La belle Egyptienne noire tombe pile poil sur Marco, on s'explique les malentendus, Marco nous apprend qu'il a le Sénat aux fesses, qui le blâme de l'assassinat de César (ah, les ingrats!), et tout le monde se tire en Egypte.

Euh, non... disons: "tout le monde repart en Egypte", ça fera moins tendancieux.

Bon, là, rien ne va plus. Pendant que Marco se fait flanquer la pâtée à Pharsale, le fidèle et loyal Enobarbus viole Cléo dans une baignoire, ce qui endommage considérablement son statut de fidèle et loyal acolyte. Marco arrive, voit les deux batifoler dans la baignoire, zigouille Enobarbus, puis, n'écoutant rien des protestations d'innocence de Cléo ( "Euh, mais c'est pas moi, euh, c'est lui qui me violait, j'étais même pas d'accord, mon choupinet!" elle a pas de bol, on la croit jamais!), il la trucide d'un ferme coup d'épée, parce que le temps et le budget ne permettent pas de faire des fariboles avec des serpents.

Sa jalousie un peu calmée par les flaques de peinture rouge qui coulent sur la peau d'ébène de sa maîtresse, il prend conscience qu'il a agi un peu hâtivement, et, pour réparer, il se suicide. Ce qui n'est pas forcément la solution la plus rusée. Brutalement, le mot FIN apparaît sur l'écran, parce que tout le monde est mort: c'est pas la peine de traîner, y aura plus de scène de fesses. Donc, on bâche.

Produit par "The Producer And Director Of The Cannes Film Festival AWARD WINNER, "The Secret Lives Of Romeo And Juliet", A.P. Stootsberry", comme l'indique la pochette du DVD zone 1 où sont réunis ce film et l'affligeant ROMÉO & JULIETTE susmentionné (mais quel prix cette rigolote idiotie a-t-elle bien pu récolter au festival de Cannes?), THE NOTORIOUS CLEOPATRA s'en distingue par des acteurs plutôt corrects (bon, Laurence Olivier et Meryl Street n'ont pas de souci à se faire, mais ça demeure assez compétent, à la différence du ROMÉO & JULIETTE où des "acteurs" calamiteux ânonnent avec une touchante conviction un texte consternant par ses vannes foireuses).

TNC est tourné à la va comme je te pousse; l'intrigue, loin de faire de beaux enfants par-derrière à l'Histoire, comme le père Dumas se vantait d'en être capable, sodomise assez crapuleusement Shakespeare et l'Histoire, sans résultat notable. Mais, bon, personne n'attendait sérieusement grand-chose sur ce plan. Les scènes de fesses sont du nudie assez chaste et vaguement amusant, les dialogues sont en faux shakespearien taillé dans le toc, avec quelques franches trivialités pour émailler le tout çà et là.

C'est du nanar, sans beaucoup de circonstances atténuantes, mais ça se laisse agréablement regarder, le cerveau en position "pause".

NB: THE SECRET LIVES OF ROMEO AND JULIET bénéficie sur le DVD d'un commentaire, qui est en gros: "Ah, regardez-la, celle-là, on l'a filmée pour rien, elle en voulait, elle faisait ça par plaisir", qui situe assez bien les ambitions artistiques des deux ouvrages, me semble-t-il. Les sémillantes friponnes qui frétillent à l'écran sont à l'image de cette politique de recrutement - en dehors des stars comme Sonora, il y a beaucoup de physiques... d'amateurs, on va dire.

Retour à la page BIS